La composition, c’est la sélection et l’organisation dans une surface de différents éléments. C’est l’art de lier avec pertinence les éléments choisis ou imposés par le projet.
C’est la tâche du typographe de diviser, d’organiser et d’interpréter cette masse d’informations imprimées pour faire en sorte que le lecteur trouve ce qui l’intéresse.
Les types de lecture
Première étape de la mise en page, les marges définissent et ancrent la place du texte dans la page, en l’encerclant d’un espace silencieux. Les marges crèent une frontière délicate et indispensable entre l’extérieur et l’intérieur de l’ouvrage.
La lecture continue
Elle concerne les textes longs, linéaires. Le texte est généralement présenté sur une seule colonne, aéré, dans une typographie qui facilite le travail de l’œil et du cerveau.
- Le lecteur lira de la première à la dernière page, respectueux du discours linéaire imposé par l’auteur.
- La page est uniforme, basée sur un modèle unique : une seule tonalité de gris, pas d’appels optiques.
La lecture de consultation
La composition est adaptée à une lecture partielle, sélective, variable. Chaque lecteur peut organiser ses séquences en fonction de ses propres besoins d’information.
- La matière est divisée en petits ensembles regroupés en chapitres aux titres explicites.
- Des intertitres annoncent les articulations principale du discours.
- Des notes et légendes vient compléter les informations.
La composition est l’art de découvrir ou de représenter l’unité dans la variété.
Les formats
La mise en page n’est pas née avec l’ordinateur, ni même avec l’imprimerie : elle trouve ses racines dans l’évolution des supports eux-mêmes.
L’évolution dans le temps
- Le Volumen pendant l’Antiquité
Le Volumen, long rectangle de papyrus ou de parchemin enroulé, était utilisé pendant l’Antiquité et jusqu’au Moyen-Âge en Occident pour des textes de procédure, documents des administratifs, des généalogies ou les textes sacrés. Il impose une lecture linéaire, continue, le texte s’y déploie comme un flux ininterrompu, guidé par le geste du déroulement. - Le Codex, & début de l’ère chrétienne
Avec l’émergence du Codex au début de l’ère chrétienne, tout change : les feuilles pliées en cahiers créent des pages fixes, délimitées, manipulables individuellement. Cette révolution structurelle fait naître la mise en page moderne : marges, colonnes, hiérarchies visuelles deviennent possibles. - Gutenberg & le milieu du XVème siècle
L’invention de Gutenberg au milieu du XVe siècle amplifie ce système en standardisant la composition par caractères mobiles, mais les principes restent fidèles à l’esthétique manuscrite. - Avant-garde & révolutions
Ce n’est qu’au XXe siècle, avec les avant-gardes typographiques puis la révolution numérique, que la mise en page se libère véritablement de ses contraintes historiques pour devenir un espace d’expérimentation créative.
Les formats standards
Le format d’un document doit répondre avant tout à des exigences techniques et fonctionnelles. C’est avec ces préoccupations qu’ont été définis différents standards de dimensions de papier.
- La norme ISO se fonde sur un ratio longueur/largeurde la feuille équivalent à la √2 (1,4142)
- Chaque format diffère du suivant ou du précédent par un coefficient de 2 ou 0,5.
- Suivant la nature de votre contenu, le mode de communication retenu, votre public, une infinité de formes et de proportions s’offrent à vous.
Les marges
Première étape de la mise en page, les marges définissent et ancrent la place du texte dans la page, en l’encerclant d’un espace silencieux. Elles tendent à créer une frontière délicate et indispensable entre l’extérieur et l’intérieur de l’ouvrage. Les typographes désignent chaque marge avec un terme précis.
Le contenu de la page, autrement appelé empâgement, est conditionné par ces quatre marges. Leur distance par rapport au bord varie suivant des critères :
- Esthétiques : elles visent à faire ressortir le texte et installer une quiétude propice à la lecture
- Pragmatiques : elles dépendent de la quantité d’informationset d’élements à faire figurer sur la page
- Techniques : elles s’adaptent aux contraintes techniques de façonnage (type de reliure) ou d’impression
- Ergonomiques : elles doivent permettent de saisir le feuillet, et être suffisantes pour que le pouce ne cache pas le texte
Comment définir ses marges ?
Le format de page est important, mais le rapport de proportion entre la zone imprimée (dite zone utile) et le format de page (définissant les marges), ainsi que le rapport des marges entre elles, sont des paramètres déterminants pour l’équilibre de la composition. Les manuscrits médiévaux constituent une source d’inspiration pour les typographes du XXème, qui cherchent à révéler les règles de constuction. Ces tracés régulateurs font encore de nos jours figure de références. Ils posent l’idée que l’harmonie d’une composition se construit mathématiquement.
Le Canon des ateliers
Pour s’éviter des tracés de construction trop complexes ou de laborieux calculs, vous pouvez vous appuyer sur le canon des ateliers. Le Canon se décline en deux versions de luxe et imprimé courant. La formule de repartition des blancs est la suivante : 4/10, 5/10, 6/10, 7/10.
Prenons l’exemple d’un document de 120mm x 180 mm.
- L’empagement, pour une version demi-luxe occupe 2/3 du format.
- Pour une largeur de 120 mm, la largeur du texte sera de 80 mm
- Il reste 40 mm à répartir autour du bloc de texte, de façon régulière et proportionnelle
- Ces 40 mm représentent 10/10èmes
- 1/10ème de blanc = 4 mm
- Reste à multiplier ces 4 mmm par 4, 5, 6 et 7, en suivant la rotation des blancs
- On obtient alors des marges de 16 mm (4 x 4), 20 mm (4 x 5), 24 mm (4 x 6) et 28 mm (4 x 7)
Composer à partir d’une grille
La grille garantit des mises en pages harmonieuses et équilibrées. Elle rationnalise l’organisation du contenu et facilite les choix du designer. Travaillez avant toute chose sur papier pour vous affranchir des contraintes du logiciel pour vous concentrer sur l’essentiel : la création graphique.
The grid system is an aid, not a guarantee. It permits a number of possible uses and each designer can look for a solution appropriate to his personal style. But one must learn how to use the grid; it is an art that requires practice.
Grid Systems
Le nombre de colonnes se détermine en fonction du format, de la quantité et du type de contenu. Les choix typographiques interviennent également dans cette réflexion. Josef Müller-Brockmann, graphiste et professeur d’origine suisse, dans son ouvrage Grid Systems (source Peter Gabor), énonce des règles de constuction de page rigoureuses et mathématiques.